
Si ce drame de G. B. Shaw nous convainc de quelque chose, c’est que le saint est l’être humain le plus libre. Tous les autres semblent liés par leurs peurs. Jeanne a également peur du bûcher, mais c’est une peur parfaitement naturelle qu’elle surmonte rapidement, justement lorsqu’elle voit sa liberté menacée.
Elle est, une fois de plus, la figure du juste que les autres ne peuvent supporter parce que sa petitesse est mise en évidence. « Ô monde ! Quand seras-tu prêt à recevoir tes saints ? » s’exclame Jeanne, déjà dans l’au-delà, avec une interrogation qui est en réalité une négation. Le monde l’a aussi rejetée car elle n’en faisait pas partie.
Shaw met parfaitement en lumière la sainteté de Jeanne, ce qui est d’autant plus remarquable compte tenu de la foi socialiste de l’auteur. Non seulement il respecte sa dimension humaine, mais on la voit aussi s’imposer face aux rois et aux puissants comme seul un élu de Dieu peut le faire.
Peu importe que, dans la préface et dans certaines allusions de l’œuvre, elle soit présentée comme une précurseure du protestantisme : cela est clairement réfuté dans le texte lui-même lorsque Jeanne reconnaît à plusieurs reprises l’autorité de l’Église pour parler au nom de Dieu. De plus, sa familiarité avec les nobles et les clercs, ainsi que ses fréquents traits d’humour, rendent sa figure plus attachante et l’éloignent de l’image du saint prisée par les laxistes et les païens : hystérique et misanthrope.