
Antony Beevor, ancien élève de l’Académie royale militaire de Sandhurst et ancien officier du 11e hussards dans l’armée britannique, a publié en 1982 un ouvrage marquant sur la guerre civile espagnole (1936-1939) : The Spanish Civil War, Londres, Orbis, 1982. Il y analysait les causes du conflit, les différents acteurs, les batailles clés et les conséquences de cette guerre fratricide, en soulignant les atrocités commises des deux côtés : la terreur rouge, la terreur blanche, les représailles dans chaque camp et les interventions étrangères, intéressées (les Soviétiques et les nazis) et désintéressées (les Brigades internationales).
Concernant les ingérences étrangères, de nouveaux éléments historiques sont apparus avec l’ouverture en 1993 des archives soviétiques de la Seconde Guerre mondiale, suite à une décision de Mikhaïl Gorbatchev. Cela a conduit l’éditeur de Beevor à lui suggérer de se rendre à Moscou et de consulter également les archives allemandes à Berlin, ce qui a donné lieu à une réédition publiée en 2006. Beevor apporte un éclairage inédit grâce à ces découvertes, et dans le prologue il reconnaît avoir acquis « une vision beaucoup plus précise de la politique soviétique en Espagne ».
Le livre, salué dès sa première édition pour sa rigueur, sa clarté et son objectivité, a contribué à renouveler la compréhension de la guerre d’Espagne. L’édition actuelle est antérieure de trois ans à la réédition d’un autre historien britannique, Hugh Thomas, La guerre d’Espagne. Juillet 1936 - Mars 1939, publié en français par Laffont (Bouquins, La collection, 2009), bien que Thomas n’ait apparemment pas utilisé les archives déclassifiées disponibles à Moscou.
Beevor est connu pour ses livres historiques à grand succès : Stalingrad (De Fallois), La Chute de Berlin, 1945 (De Fallois), et La Seconde Guerre mondiale (Calmann-Lévy). Il sait mettre les événements en perspective, aidant le lecteur à les comprendre, bien qu’on puisse regretter qu’il n’ait pas détaillé les profils des généraux rebelles, en particulier Emilio Mola, son premier organisateur, et Miguel Cabanellas, franc-maçon notoire, qui aurait pu choisir le camp adverse et que Franco écartait rapidement.
Enfin, il semble que le soulèvement de juillet 1936 n’ait pas été initialement inspiré par la défense de l’Église catholique. Il a fallu attendre le 1er août 1937 pour la publication en anglais, français et italien d’une « Lettre collective des évêques espagnols aux évêques du monde sur le conflit en Espagne », à la demande de Franco.