
Contrairement à d'autres penseurs chrétiens de notre temps, Jacques Maritain n'a pas renoncé au concept de chrétienté. Mais il a eu l'habileté de lui appliquer une notion scolastique riche de possibilités : celle de l'analogie. Il est légitime d'aspirer à une nouvelle chrétienté, oui, mais non identique à celle qui a existé (et que Maritain identifie, par commodité, au Saint-Empire romain germanique), mais analogue.
Cela signifie que le Christ continuera d'inspirer l'action des gouvernants et des gouvernés, mais non pas à travers un pouvoir politique ayant pour mission de servir la Vérité, mais à travers la conduite personnelle de chaque chrétien. Voilà, en résumé.
Ensuite, Maritain se lance dans la description de certains traits de cette chrétienté future, ce qui constitue la partie la plus discutable du livre. En effet, l'auteur entrevoit le concept de laïcité que nous connaissons aujourd'hui, mais il n'en assume pas, je crois, toutes les implications. Car l'une d'elles est justement que la polis soit organisée selon la libre pensée de chacun, sans directives concrètes émanant de l'Église dans tout ce qui est étranger au Catéchisme.