
George Orwell est venu combattre en Espagne convaincu que le fascisme était le grand ennemi de cette heure historique (et convaincu que ce qu’il combattait en Espagne était le fascisme). Il raconte ses vicissitudes dans un bataillon catalan du POUM (il était affilié à un parti d’orientation similaire en Angleterre), qui ne furent pas ce que l’on pourrait appeler glorieuses, puisque les thèmes centraux de son récit sont l’absence de véritable action ainsi que la rareté et le mauvais état de l’armement. Cependant, il apprécie la compagnie des Espagnols, pour lesquels il a des mots élogieux, bien qu’il critique à plusieurs reprises leur indolence. Une balle qui lui traverse la gorge sans autre conséquence qu’une perte passagère de la voix est la chose la plus proche d’un acte héroïque qu’il ait eu l’occasion de vivre.
Le véritable danger est venu ensuite, à l’arrière. En effet, la partie la plus célèbre de cette œuvre est aussi la plus intéressante. Je fais référence aux deux appendices, où il relate la persécution des membres du POUM par le PSUC sous les ordres de Staline et contrôlant les forces de l’ordre. Orwell considère les stalinistes comme des contre-révolutionnaires, partisans de composer avec l’ordre établi et de couper ainsi les ailes du peuple : des complices du fascisme, en somme, ce qui est ironiquement précisément ce dont les stalinistes les accusaient eux-mêmes. Orwell réussit à s’échapper à temps de cet enfer dans l’enfer. Ses deux romans les plus connus, 1984 et La Ferme des animaux, montrent qu’il avait compris où se trouvait le ennemi de l’humanité.