
Le livre confirme une auteure intellectuellement audacieuse, très en avance sur son époque, qui s’approche du récit policier non pas par le spectaculaire ou l’effet, mais par la raison, l’observation minutieuse et une ferme confiance dans l’intelligence morale de l’être humain. La nouvelle qui donne son titre au recueil mérite pleinement l’attention : c’est une pièce brève, bien construite, où l’analyse psychologique et la logique pèsent plus que l’action, et où le mystère se résout sans pièges ni concessions.
Cependant, lue aujourd’hui, l’œuvre montre aussi ses limites : certains moments sont prévisibles pour un lecteur habitué au policier ultérieur, et la complexité structurelle que le genre développera plus tard n’est pas encore atteinte. Mais ce n’est pas un défaut littéraire grave : c’est plutôt la marque d’une œuvre pionnière. Le grand mérite du récit est de démontrer que le genre policier peut naître de la rigueur intellectuelle, de l’amour de la vérité et du sens de l’ordre, sans violence explicite ni sensationnalisme.
Il permet, en outre, de redécouvrir une Pardo Bazán qui innove sans rompre avec la tradition et qui fait confiance à un lecteur capable de réfléchir. C’est une lecture qui divertit, certes, mais qui éduque surtout le goût et le jugement.