
Il s’agit d’un essai historique qui déconstruit l’une des idées les plus répandues dans le discours contemporain : celle selon laquelle les sociétés « transitionnent » de manière ordonnée d’une source d’énergie à une autre. L’auteur soutient, à l’appui d’une abondante documentation, que l’histoire de l’énergie n’a pas consisté en une substitution propre (bois par charbon, charbon par pétrole, etc.), mais en une accumulation croissante où les sources se superposent et s’intensifient. Le charbon n’a pas disparu avec le pétrole ; la biomasse n’a pas été remplacée simplement ; au contraire, la consommation mondiale s’est accrue globalement.
L’ouvrage oblige à reconsidérer le récit optimiste de la soi-disant « transition énergétique » actuelle. Sa force réside dans l’analyse historique minutieuse et dans la critique du mythe du progrès linéaire. Ce n’est pas un pamphlet écologique, mais un travail d’histoire économique et environnementale qui exige de penser sérieusement les limites matérielles de la croissance et les illusions technocratiques.
Il contient des qualités intellectuelles évidentes : honnêteté vis-à-vis des données, rejet des slogans faciles et respect de la complexité historique. C’est un livre destiné à des lecteurs adultes, ayant une formation ou un intérêt pour l’histoire, l’économie, la politique énergétique ou le débat environnemental. Il ne cherche pas à rassurer ; il cherche à confronter les idées établies à des faits dérangeants. Son atout est précisément celui-ci : il rompt les consensus rhétoriques avec des preuves historiques solides.
Cela dit, ce n’est pas une lecture légère. Il est dense, argumentatif et parfois répétitif. Le lecteur qui attendrait des propositions pratiques ou des solutions programmatiques pourrait rester sur sa faim ; l’auteur diagnostique davantage qu’il ne prescrit.
Il n’aborde pas directement des questions théologiques ou morales. Son approche est séculière et matérialiste au sens historiographique (il analyse les processus à partir de facteurs économiques et techniques), mais il ne développe pas de thèses explicites contre la foi catholique. Il peut néanmoins entrer en tension indirecte avec des visions excessivement optimistes du progrès humain illimité, ce qui ne contredit pas la doctrine, et peut même dialoguer avec la tradition de prudence sociale de l’Église.