
Divers opuscules, de quelques pages chacun, constituent une introduction magistrale toute son œuvre : la préface au Traité du Vide, qui comporte la distinction entre les disciplines qui reposent sur l’autorité et celles qui reposent sur le raisonnement, et doit nous faire prendre conscience de l’inversion dramatique entre ces deux manières de procéder : adhérer par la raison quand il faut le faire par l’autorité (science de la théologie), adhérer par l’autorité quand il faut le faire par la raison (science de la physique). Cette préface insiste sur un point insuffisamment souligné quelquefois, celui de l’incroyable confiance de Pascal dans la raison.
L’Entretien avec M. de Sacy synthétise toute la philosophie profane à travers la pensée d’Epictète et de Montaigne et nous rappelle que celle-ci peut être utile avant d’être moquée. L’un hérite d’une superbe diabolique qui lui permet de discerner la grandeur de l’homme et de ses devoirs, mais l’enjoint à imiter Dieu sans la grâce. Le second représente l’erreur diamétralement opposée, puisque Montaigne tente de fonder en raison métaphysique et morale et n’y parvenant pas, affirme que hors de la foi tout est dans l’incertitude.
Dans l’opuscule Réflexions sur la géométrie en général, Pascal avoue son objectif: démontrer [la vérité] quand on la possède, et souligne que seule la géométrie respecte « cet ordre, le plus parfait entre les hommes, [qui] consiste non pas à tout définir ou à tout démontrer, ni aussi à ne rien définir ou à ne rien démontrer, mais à se tenir dans ce milieu de ne point définir les choses claires et entendues de tous les hommes, et de définir toutes les autres ; et de ne point prouver toutes les choses connues des hommes, et de prouver toutes les autres».
Les Trois discours sur la condition des grands encouragent l’interlocuteur à envisager la société en distinguant entre grandeurs naturelles et grandeurs d’établissement. S’il convient de respecter les secondes même si elles ne sont pas fondées en raison, tout comme la justice est respectable, qui ne s’appuie cependant que sur la coutume, le point décisif en est que le politique appartient non au royaume de la charité mais à celui de la concupiscence, lequel ne conduit qu’à la damnation. A l’heure de la consécration de la morale de l’honnête homme pour certains, cette affirmation sonne le glas d’un salut par la seule éthique ou esthétique.