Je souffre donc je suis. Portrait de la victime en héros

[Je souffre donc je suis. Portrait de la victime en héros]
Année: 
2026
Genre: 
Public: 
Éditeur: 
Grasset & Fasquelle
Année de publication: 
2024
Pages: 
317
Évaluation morale: 
Genre: Idées
Pas de problème
Nécessite des connaissances générales sur le sujet
Lecteurs ayant une formation spécifique en la matière.
Présente des erreurs doctrinales d'une certaine importance.
L'approche générale ou les principales thèses sont ambiguës ou contraires aux enseignements de l'Église
L'œuvre est incompatible avec la doctrine catholique.
Qualité littéraire: 
Recommandable: 
Transmet des valeurs: 
Contenu sexuel: 
Contenu violent: 
Langage vulgaire ou obscène: 
Des idées contraires à la doctrine de l'Église: 
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Essai du philosophe et écrivain français, l’un des Nouveaux philosophes des années 1970, Pascal Bruckner (1948), qui nous rappelle également le philosophe français René Descartes (1596) avec sa célèbre formule « Je pense, donc je suis », nous donnant des indices sur le substrat rationaliste de ces deux penseurs qui, bien que séparés dans le temps, utilisent la raison comme principal outil de critique et, dans le cas de Bruckner, pour analyser un phénomène effectivement observable dans la société actuelle : la tendance à la victimisation, faisant que toute personne ou tout groupe victime d’un malheur quelconque devienne un héros digne d’être associé à d’autres « héros » partageant la même souffrance, et exigeant de la société une reconnaissance à la fois honorifique et économique (comme, par exemple, le mouvement woke, entre autres).

Le thème de l’essai est pertinent en raison de son intérêt actuel, qu’il convient de réfléchir et de prendre en compte afin de ne pas tomber dans la tendance contemporaine à un victimisme malsain, tant sur le plan individuel que pour la société en général.

L’auteur part de ce qu’il appelle la « patrie commune » de la victimisation de la souffrance humaine : le récit de la Passion du Christ, dans lequel, selon ses propres termes : « Jésus partage sa souffrance avec tous les humiliés de la Terre et leur offre la consolation de la Croix », inaugurant ainsi, avec le christianisme, l’idée que la victime de tout malheur ou souffrance devient un héros de son épreuve ou de son traumatisme, ce qui la rend digne d’honneur et de reconnaissance en tant que héros, tant au niveau des gouvernements et des États que des groupes particuliers.

À partir de là, le texte entreprend un parcours historique, politique et idéologique, citant notamment Augustin d’Hippone, Martin Luther, Nietzsche, etc., jusqu’à nos jours avec des penseurs européens et américains du XXIe siècle.

Le livre est structuré en trois parties : des réflexions sur les Lumières (dans lesquelles cet esprit est défendu contre ce que l’auteur considère comme des attaques irrationnelles de la pensée postmoderne actuelle) ; dans la deuxième, une analyse approfondie de la Shoah comme référence historico-juridique capable de rassembler « tous les martyrs », non seulement ceux du nazisme hitlérien, mais aussi les victimes actuelles du terrorisme ou de régimes dictatoriaux (Hamas, Poutine, Chine, Serbie, Ukraine…, pour n’en citer que quelques-uns) ; et une troisième partie visant à alerter et à comprendre comment ont été abordées les violations et atrocités historiques commises contre des groupes ou des individus, lesquels, entre autres attitudes, soit cachent leurs bourreaux, soit pansent leurs blessures en « tournant la page » de manière stoïque et, dans le meilleur des cas, en pardonnant à leurs bourreaux.

La conclusion finale, selon le philosophe : « En quelques mots, les peuples ou les groupes opprimés n’ont qu’un seul droit sacré : cesser de l’être ». Mais, selon moi, Bruckner n’esquisse ni ne propose de solutions réalistes à ces situations.

Il s’agit d’un essai dense, au langage clair et critique propre à l’auteur, au ton pessimiste et inquiétant, riche en références bibliographiques (souvent issues de la presse), qui propose certaines réflexions permettant de dégager des idées pertinentes sur l’abus ou la tendance actuelle à encourager une auto-compassion mal comprise face à toute souffrance ou traumatisme, que nous pouvons d’ailleurs tous connaître. Il convient de noter qu’il existe aussi quelques citations confuses et non vérifiées (par exemple, c’est Hans Frank qui a écrit une lettre à Pie XII, et non l’inverse).

En résumé, sans nier les contributions positives de Bruckner, comme la rupture avec le marxisme pour défendre les droits individuels, la critique du capitalisme ou de l’hédonisme, entre autres, il faut garder à l’esprit qu’il se définit lui-même comme athée ou agnostique, mais culturellement chrétien ; qu’il aborde toute religion du point de vue de la philosophie, de la politique et de la sociologie ; qu’il est partisan d’un laïcisme strict et de l’universalisme, et tout cela transparaît dans l’essai, ce qui peut rendre sa lecture plus complexe et parfois répétitive, voire ambiguë ou confuse pour un lecteur non spécialisé en philosophie, anthropologie et/ou sociologie.

Pour conclure, à mon avis, le sujet est d’un grand intérêt, mais les réflexions positives sont peu nombreuses et doivent être perçues à travers un cadre culturel et philosophique exhaustif, sur le substrat idéologique de l’auteur, ce qui exige du lecteur un certain niveau intellectuel afin de ne pas se limiter au sensationnalisme de certains des cas présentés.

Par ailleurs, on observe certains préjugés et erreurs de l’auteur concernant le christianisme, et aucune trace de transcendance n’est transmise, ce qui pourrait aider à mieux comprendre le problème soulevé : comment éviter le victimisme malsain dans la tendance de la société et de la culture actuelle.

Auteur: María Luz Mediano, Spain
Date de mise à jour: May 2026