
Dans cette histoire, l’action est peut-être l’élément le moins important, le récit se concentrant sur les réactions et les sentiments des protagonistes. Dans son genre, le réalisme, la description des événements sociaux au cours desquels se déroule la vie du protagoniste (1840–1867) revêt une grande importance, bien que le cadre historico-social ne soit que la toile de fond, et non le thème principal.
Le roman reconstruit le passé avec une précision historique (mise en évidence par la minutie des données historiques, géographiques, des itinéraires, etc.), sans négliger la description « au présent » de la vie parisienne de cette époque (révolution de 1848, révoltes de rue, mouvements de masse). En même temps, parallèlement et sans dissonance, l’existence quotidienne de divers personnages est racontée de manière fluide, dans un style lent, riche en nuances lyriques et romantiques.
L’auteur ne loue ni ne condamne les situations, qu’elles soient personnelles ou sociales. Il se limite simplement à décrire les faits, en mettant dans la bouche des personnages des opinions diverses et opposées, qu’elles soient religieuses, sociales ou politiques. Son réalisme, apparemment neutre, s’adapte au constat de ce qui est « naturel », à l’intérieur comme à l’extérieur de la conscience, et c’est dans cette « naturalité » que résident les inconvénients moraux : ce qui est « normal » et ordinaire, c’est de vivre immoralement.
Le drame du protagoniste est peut-être ce désir d’être « naturel », de se fondre dans le milieu : si les riches réussissent par n’importe quel moyen, il n’a aucun scrupule à les employer, qu’ils soient considérés honnêtes ou non. Si les bourgeois aisés ont une maîtresse, il ne sera pas en reste. Si les conventions sociales sont des apparences utiles, il se comportera hypocritement. En ce sens, on peut dire qu’il s’agit d’un roman amoral.
M.O.