
Il s’agit d’une sorte de poème dramatique dans lequel une Jeanne, encore non investie de sa mission, dialogue avec différents interlocuteurs au sujet de questions liées à ce qu’indique le titre, c’est-à-dire la vertu capitale du christianisme. Parmi ces questions, deux sont peut-être les plus importantes, aussi bien en termes de contenu que d’étendue.
La première concerne la légitimité de prier pour les âmes des damnés ou de se soucier de leur sort. Jeanne se sent poussée à le faire, bien que son interlocutrice insiste sur la saine doctrine selon laquelle les damnés ont déjà fait leur choix définitif, rendant vaine toute sollicitude à leur égard.
La seconde est ce que l’on pourrait appeler le mystère de la fuite des apôtres. « Moi, je ne l’abandonnerais jamais », affirme Jeanne à plusieurs reprises, tandis que, une fois encore, l’autre voix l’exhorte à ne pas « faire un Simon-Pierre », comme on dirait aujourd’hui, lui rappelant de mille façons ce qu’est aussi la bonne doctrine, à savoir que nous sommes capables, en tant que nature déchue, du plus abject.
Il s’agit donc, semble-t-il, d’un affrontement entre la vertu débordante et la raison théologique, l’élan du cœur contenu par la juste intelligence de la vérité révélée.
Du point de vue formel, ce qui surprend le plus dans cette œuvre, c’est le style répétitif, insistant, qui rappelle fortement l’Évangile selon saint Jean, avec ces idées qui se répètent encore et encore, avec des nuances ou des variantes, comme une manœuvre enveloppante destinée à finir par saisir la vérité.