
Roman qui raconte la vie mouvementée d’un témoin à travers la période prérévolutionnaire, une partie de la Première Guerre mondiale (1914-1916), la révolution (1917), la guerre civile (1917-1923) et l’État soviétique jusqu’en 1960 (la Seconde Guerre mondiale n’est qu’évoquée), événements qui correspondent à la biographie de l’auteur.
C’est un roman influencé par le symbolisme, Tolstoï, le réalisme et l’impressionnisme… avec des épisodes pleins d’espoir mais aussi d’amertume, accompagnés de descriptions d’une grande beauté, tant dans les personnages humains — où l’on perçoit l’amour de l’auteur pour son peuple — que dans les descriptions des paysages. L’œuvre propose également une réflexion sur certaines idées du christianisme.
Jivago se présente comme un médecin et écrivain indépendant, amoureux de la liberté, opposé à de nombreux aspects de l’Ancien Régime tsariste et proche des écrivains du XIXe siècle qui s’opposaient à ce régime, comme Tolstoï, Tourgueniev, etc. Toutefois, il ne voit pas dans le nouvel État soviétique l’accomplissement des espérances de son peuple, car celui-ci impose une pensée unique et une politique autoritaire (c’est peut-être pour cette raison que le livre dérangea la censure, puisqu’il fut interdit en Union soviétique jusqu’en 1988).
L’intrigue centrale, écrite à la première personne, est la vie de Jivago. Le médecin, marié à une amie d’enfance, après avoir été blessé durant la Première Guerre mondiale et face à l’évolution de la révolution, décide de partir avec sa famille à la campagne, au sud de la Sibérie, sans savoir que la guerre civile s’y joue. Après avoir rencontré Lara, il est enlevé par l’Armée rouge afin de servir comme médecin, tandis qu’il ignore que, dans le même temps, sa famille est contrainte d’émigrer hors de Russie.
C’est un chef-d’œuvre constamment réédité ; la dernière édition espagnole date de 2020. Boris Pasternak (1890-1960) fut un écrivain et poète russe d’origine juive ; il naquit dans une famille cosmopolite et aisée et grandit entouré d’artistes et d’intellectuels. Il étudia le droit, la philosophie et l’histoire à l’Université de Moscou. Bien qu’il ait publié de nombreux poèmes, ce fut son unique roman, celui qui lui valut le prix Nobel de littérature en 1958, qu’il ne put cependant accepter, car cela aurait entraîné son expulsion de son pays. Il mourut en 1960. Le roman fut publié en Italie en 1959 et connut immédiatement un grand succès ; il gagna encore en popularité grâce au film homonyme de 1965. Dans le film, en condensant les plus de sept cents pages du livre en trois heures, certains aspects de la révolution et de la relation frustrée entre Jivago et Lara sont résumés, mais certains faits y sont interprétés en s’éloignant du roman.