
Le livre de Han, écrit en 2013, met en lumière ce qui n’a cessé de s’accentuer depuis. La société de la transparence est un essai lucide sur la transparence, de plus en plus absolue, portée par les pouvoirs de l’information. Han qualifie cette transparence de pornographique plutôt que d’érotique, car elle brise la pudeur dans les relations humaines. Le type de transparence exigé et cultivé provient de la perte de la sincérité et de la confiance, et renforce cette double perte.
Associée à l’exigence d’immédiateté dans la communication et l’information, elle conduit à reléguer la conversation, la découverte laborieuse qui mène au savoir et la narration. On confond la quantité d’informations avec la qualité des décisions. La transparence détruit le meilleur sens de la politique.
Han avertit également que les citoyens intègrent cette exigence envers les autres et pratiquent la transparence sur eux-mêmes : ils s’asservissent en croyant être libres et s’exposent volontairement, à commencer par les vitrines numériques. La société mondiale s’oriente vers la tyrannie omniprésente du Grand Frère. La transparence est le nouveau nom d’une tyrannie fondée sur la suspicion.
Mais au lieu d’un seul Grand Frère, les individus deviennent un Grand Frère collectif ; ils se mettent à nu de manière obscène et exigent de pouvoir fouiller dans chaque recoin de l’existence et du comportement des autres. Ils deviennent à la fois victimes et agents de surveillance dans une société de contrôle.