
Frank Dikötter, l’historien de la Chine moderne, utilise une méthode de recherche relativement simple. Il se rend dans des archives locales et provinciales pour demander l'accès à des documents. À Pékin, sa demande peut être transmise à travers les échelons de la bureaucratie chinoise, pour finir par un refus. Mais dans les archives locales, l’accès lui est accordé plus souvent qu’on ne le pense.
Ce livre, La Chine après Mao : L’éveil d’une superpuissance, s’intéresse principalement au pouvoir politique et au développement économique de la Chine – et c’est aussi là sa force. Il parle autant des dirigeants provinciaux à Gansu, Guangzhou ou Guizhou qui tentent de développer leurs régions à tout prix, que des dirigeants de Pékin qui essaient de maîtriser cette frénésie.
Sa conclusion est que l’essor de la Chine n’a pas été bien planifié, et certainement pas stratégique. Il a été chaotique et local. « La Chine ressemble à un pétrolier qui paraît impeccablement en ordre à distance, avec le capitaine et ses lieutenants fièrement postés sur le pont, tandis qu’en bas, les marins pompent désespérément l’eau et colmatent les brèches pour éviter le naufrage. »
Par moments, le livre n’est pas facile à lire : expliquer l’économie communiste ne se prête pas à une lecture légère sur la plage. Cependant, le chapitre consacré à la place Tian’anmen est une leçon magistrale d’écriture historique. À mesure que les événements glissent vers la tragédie, l’écriture de Dikötter résonne comme une marche funèbre vers le désastre.
Dikötter a parfois été accusé d’avoir une vision trop négative de la Chine moderne, comme s’il plaidait à charge contre le Parti. Il est indéniable qu’il est ferme dans ses convictions : le Parti n’avait jamais l’intention de se réformer, et la croissance économique chinoise, bien que remarquable, n’a jamais été le fruit d’un plan visionnaire. Mais la perception de la Chine a récemment évolué : de l’optimisme quant à une réforme possible, on est passé au pessimisme occidental face à la compétition chinoise. La Chine après Mao de Dikötter est comme une synthèse de cette transformation.