
Réédition d'un classique du philosophe russe Nicolai Berdiaeff, expulsé de Russie par les Soviétiques en 1922 à bord du célèbre « bateau des philosophes », et installé en France depuis lors. Le livre trouve son origine dans les conférences données par Berdiaev en 1920 à Moscou, déjà sous domination soviétique. Avec beaucoup de clarté et de profondeur, le penseur aborde les grands thèmes de l'œuvre de Dostoïevski, qui sont les grands thèmes de la littérature, de la philosophie et de la vie : Dieu, l'homme, la liberté, le mal, l'amour...
Dans l'œuvre de Dostoïevski, en analysant la situation de la Russie (un chapitre du livre de Berdiaev est consacré à l'âme russe, selon Dostoïevski), il anticipe ce qui allait se passer dans ce grand pays quelques décennies plus tard : la révolution communiste. Berdiaev consacre un chapitre à l'analyse de la légende du Grand Inquisiteur, qui traite de l'homme qui tente de se faire dieu, opposé à Jésus-Christ, le Dieu-Homme. Avec une grande finesse d'analyse, Berdiaev explique que Dostoïevski ne critiquait pas tant le catholicisme romain que le socialisme totalitaire, le communisme - qu'il a anticipé - qui prétend apporter le bonheur à l'homme, le paradis sur terre, en restreignant la liberté et en contrôlant tout.
Berdiaeff, qui fut autrefois socialiste et marxiste, prend ses distances avec le marxisme et le définit comme une religion qui prétend sauver l'homme en organisant sa vie, non seulement sans Dieu, mais contre Dieu, et donc contre l'homme. Berdiaïev conclut par une analyse de la grandeur et des limites de l'œuvre de Dostoïevski, et de sa signification pour nous aujourd'hui : la grandeur de la liberté et ses risques, qui, même s'il s'agit d'une aventure risquée, ne doit pas être abandonnée, car c'est la seule voie vers la croissance et, par conséquent, vers le bonheur de l'homme et l'accomplissement de sa vocation divine à l'amour.
J.I.P. (Espagne, 2016)