Jean Barois

[Jean Barois]
Année: 
1913
Genre: 
Public: 
Éditeur: 
Gallimard
Année de publication: 
2003
Pages: 
500
Évaluation morale: 
Genre: Littérature
Pas de problème
Présente quelques passages contraires à la morale.
Présente des passages importants contraires à la foi ou à la morale.
Présente des passages scabreux ou un fond idéologique qui peuvent troubler des lecteurs ayant peu de formation chréienne.
Abondance de passages scabreux ou d’un fond idéologique contraire ou étranger aux valeurs chrétiennes.
En raison de contenus explicites, l'œuvre est contraire à la foi ou à la morale de l'Église catholique ou au christianisme en général.
Qualité littéraire: 
Recommandable: 
Transmet des valeurs: 
Contenu sexuel: 
Contenu violent: 
Langage vulgaire ou obscène: 
Des idées contraires à la doctrine de l'Église: 
The rating of the different categories comes from the opinion of Delibris' collaborators

Jean Barois, publié en 1913, est le roman qui a fait connaître au public Roger Martin du Gard (1881-1958), auteur représentatif d’une intelligentsia française, imbue du rationalisme de la fin du XIXe siècle.

Jean Barois, le héros éponyme du récit, a été formé dans un collège catholique. Après une enfance pieuse, il connaît ses premiers doutes de foi à l'âge de 15 ans, quand il croit découvrir des contradictions historiques entre les Évangiles.

L’époque se situe entre les écrits de Renan et la crise moderniste. Arrivé à l'université, où il suit des études de sciences naturelles, sa foi respire mal dans le monde des « grandes lois scientifiques ».

Marié à une amie d'enfance, profondément pieuse, mais dont la foi est avant tout sentimentale, Jean Barois se détache peu à peu du christianisme, rupture qui entraîne une séparation d’avec sa femme, alors que celle-ci est enceinte de leur premier enfant.

Alors qu’il vivait avec elle en province, il regagne Paris pour y fonder avec quelques amis, militants laïques passionnés, la revue Le Semeur. Après des débuts laborieux, celle-ci conquiert un très large public, surtout à partir du moment où elle prend parti pour Alfred Dreyfus, condamné à tort pour haute trahison, dans un contexte nationaliste. « L’affaire Dreyfus » a divisé la France.

En vieillissant, Barois et ses amis, et même le modéré et plus optimiste Albert-Élie Luce, qui est son modèle, relativisent leurs engagements de jeunesse. Luce meurt debout et conscient, comme Socrate.

La santé de Jean Barois s'altère. Il voit venir la mort avec de plus en plus d'angoisse, sans cependant, au départ, rien renier de ses convictions, qui ne sont plus liées à l'espérance d'une survie. Barois renoue avec sa famille et notamment avec l'enfant de son épouse dont il est séparé depuis plus de vingt ans : cette belle jeune fille lui annonce qu'elle entre au couvent.

Il finit par rentrer dans sa ville natale, où il retrouve des prêtres qu'il a connus dans sa jeunesse. C’est un autre prêtre qui, malgré sa déviance moderniste, va peu à peu le ramener à la foi, surtout par la peur de la mort.

Or, longtemps avant, alors qu’il venait d’échapper à un grave accident de circulation, Barois s'était surpris à invoquer la sainte Vierge, alors qu'il pensait s’être émancipé du catholicisme. Sentant que l'on pourrait récupérer sa mort en faveur de la foi catholique, il se reprend et rédige un testament dans lequel il renie d'avance un éventuel retour à la foi à la faveur d’un délabrement physique éventuel.

Il mourra dans une angoisse terrible, en étreignant la croix et en hurlant d’une peur que l'écrivain décrit comme animale. Son épouse et le prêtre qui l'ont assisté dans ses derniers moments découvrent le fameux testament et s'empressent de le détruire.

Le prestige de Martin du Gard ne fait ensuite que s’accroître avec la publication, en huit épisodes, de 1922 à 1940, d’un roman-fleuve moderne, Les Thibault. La formule a été inaugurée par Émile Zola (Les Rougon-Macquart) et Romain Rolland (Jean-Christophe) ; elle sera reprise par Georges Duhamel (Chronique des Pasquier) et Jules Romains (Les Hommes de bonne volonté).

En 1937, il reçoit le prix Nobel de littérature.

Cela dit, l’expérience dramatique de la Première Guerre mondiale, la relative faillite du scientisme et la récupération du courant de pensée rationaliste par les politiques de la IIIe République ont fait de Martin du Gard un sceptique, doublé d’un pacifiste militant.

C’est cette désillusion que l’on retrouve chez Jean Barois, à la fin de sa vie, et chez ses amis.

Albert Camus considérait ce livre comme « le seul grand roman de l'âge scientifique, dont il exprime si bien les espérances et les déceptions ».

Charles Moeller, dans le deuxième volume de sa Littérature du XXe siècle et christianisme (Casterman), situe Jean Barois dans le contexte culturel et religieux de l’époque, marqué par une « opposition massive entre un christianisme peureux, replié sur lui-même, défiant du monde moderne, et l’enthousiasme serein, l’élan presque religieux qui anime les apôtres du laïcisme. Du côté catholique, on observe une peur de la vie, un vouloir “survivre” biologique ; du côté rationaliste, au contraire, le courage devant la vérité, même triste, un esprit ouvert au social, une audace devant la vie, même si celle-ci déçoit à la longue, un affrontement serein de la mort. »

Il est vrai que le catholicisme de l’époque, à quelques exceptions près, est très orienté vers la piété, peu ouvert sur le monde, en particulier celui des idées.

Depuis le XIXe siècle, il est aussi très lié à la monarchie, le Ralliement de Léon XIII à la République n’ayant pas suffi à entraîner la masse des fidèles.

Le maurrassisme, avec L’Action française, accentue le divorce entre les catholiques et l’État.

Cela dit, le christianisme que présente Martin du Gard est vu de l’extérieur. Il ignore la virulence athée du laïcisme et le doctrinarisme sectaire de la IIIe République. Il néglige totalement l’action des catholiques libéraux, l’approfondissement de la vie chrétienne, recentrée sur les données fondamentales de la Révélation, le renouveau de la liturgie encouragé par Pie IX, Léon XIII et Pie X.

Surtout, l’auteur néglige la part du cœur dans la démarche religieuse, que le desséchement rationaliste et scientiste veut ignorer, et qu’un Claudel a bien perçue, au point de s’en sentir étouffé.

La crise moderniste constitue la toile de fond du roman. Mais l’évolution de la recherche biblique, même si elle a mis du temps à émerger, au milieu de pas mal de réticences, nous fait aujourd’hui considérer comme datés les problèmes exégétiques qui perturbaient tant certains intellectuels catholiques du début du XXe siècle.

Surtout, on a assisté depuis, avec Bergson, Blondel et Lavelle, à un renouveau du spiritualisme, que Martin du Gard a semblé ignorer.

Il est significatif qu’un autre roman, celui de Joseph Malègue, Augustin ou le Maître est là (Cerf), soit bâti sur le même schéma. Augustin semble être le frère jumeau de Jean Barois : même enfance pieuse, mêmes doutes à l’Université, même détachement de la foi catholique, même fin dramatique, même conversion finale. Mais celle d’Augustin Méridier est sincère ; elle vient non seulement de la raison, aidée par un ami de l’École normale supérieure devenu jésuite, mais aussi du cœur.

Auteur: gondrand gondrand, France
Date de mise à jour: Oct 2025