
Eugène Onéguine est l’une des œuvres les plus connues et les plus appréciées de toute la Russie, au point qu’encore aujourd’hui les élèves apprennent par cœur (au moins) des passages de la lettre de Tatiana à Eugène.
Ce livre, écrit à l’origine sous une forme qui ressemble davantage à un poème qu’à un roman, est centré sur un jeune dandy russe qui, après une période de dissipation en ville, s’installe à la campagne. C’est là qu’il fait la connaissance de Lenski, radicalement différent de lui, qui deviendra son ami intime. C’est ce dernier qui lui présente Tatiana, la sœur de sa fiancée, laquelle s’éprend rapidement de lui.
Le rythme de l’ouvrage repose davantage sur les réflexions que l’auteur adresse au lecteur (brillante stratégie de Pouchkine) que sur l’intrigue elle-même, laquelle demeure largement reléguée à l’arrière-plan. Eugène Onéguine est clairement influencé par le romantisme, ce dont il convient d’avertir le lecteur, et contient de nombreuses références à des auteurs russes et européens, aussi bien contemporains qu’issus de la Grèce antique. Cet aspect peut rendre la lecture plus difficile si le lecteur ne connaît pas, comme c’est souvent le cas aujourd’hui, ces penseurs ou écrivains.
Quant à la moralité du récit, un passage du premier chapitre évoque le mode de vie d’Onéguine, quelque peu sensuel et inconvenant (mais non explicite), et cette question est brièvement rappelée au milieu du livre. Par ailleurs, l’œuvre présente la jeunesse aristocratique et terrienne russe, totalement éloignée des traditions et de la religion de ses parents, remplacées par une exaltation des sentiments (caractéristique du mouvement culturel et artistique du XIXᵉ siècle déjà mentionné).
Cependant, l’auteur ne porte aucun jugement sur tout cela (bien que le narrateur soit clairement romantique et le laisse paraître) ; il se contente de le dépeindre afin que le lecteur puisse lui-même juger des conséquences de ce mode de vie, qui continue d’imprégner le monde actuel à bien des égards. C’est pourquoi cette lecture est particulièrement intéressante pour toute personne solidement formée dans la foi et peu susceptible de se laisser séduire par cette philosophie (contraire à l’enseignement de l’Église et héritée des Lumières).