
Julian Barnes cesse d’écrire ; il a atteint quatre-vingts ans et estime qu’il est temps de dire adieu. Dans ce dernier livre, il propose des réflexions qui ressemblent à des souvenirs autobiographiques involontaires, proches de la célèbre madeleine de Proust, bien que Barnes ne se considère pas proustien. Il explore des souvenirs fragmentés portant sur la mémoire, la maladie, l’amour et la mort, avec une idée centrale : la mémoire définit l’identité, et sans elle, l’existence se réduit à une forme animale, ancrée uniquement dans le moment présent.
Parmi ses réflexions figure l’histoire d’une romance ratée entre deux camarades d’université qui, après s’être séparés, se retrouvent des décennies plus tard, avec un succès limité. Barnes, désormais veuf et ayant surmonté un cancer du sang, aborde la vie avec stoïcisme, sans rien attendre et sans croire en rien. Ses réflexions reconnaissent la peur et la rancune que peut susciter la mort, tout en présentant la vie non comme une tragédie à dénouement heureux, mais plutôt comme une farce au final tragique, ou au mieux comme une comédie légère au dénouement triste.
Le livre laisse un goût amer. S’il ne fait peut-être pas partie des œuvres les plus marquantes de Barnes, il offre un aperçu des thèmes qu’il explore depuis longtemps. C’est un ouvrage réfléchi et introspectif, qui saura toucher les lecteurs sensibles aux méditations philosophiques sur la vie et la mortalité.